Le Silence - recréation -

« J’aimerais que les spectateurs ne soient pas attentifs mais disponibles » déclarait Antonioni à propos de ses films.
Manifeste sur la puissance expressive du silence, ce spectacle propose une expérience sensible de proximité et d’intimité. S’inspirant de plusieurs films d’Antonioni, ainsi que de ses écrits, la pièce agrège des thèmes chers au cinéaste, tels que la disparition, la déréliction des sentiments et l’instabilité de la perception.
Pour autant ce n’est pas une adaptation, plutôt un trajet vers sa démarche et la tentative d’appréhender la radicalité de son héritage. Le jeu des interprètes s’est nourri d’une écriture composée de monologues intérieurs, de fragments poétiques ou de souvenirs. De nombreuses improvisations ont dans le même temps permis d’approfondir le parcours de chacun et chacune.
Le récit scénique est le fruit de ces allers-retours.
Le Silence est donc une création originale. Conçue comme un plan-séquence, la mise en scène interroge les règles
traditionnelles de la narration et cherche à mettre en crise ce qui fait communément théâtre.
Grâce au dispositif bifrontal, le public est au plus près des visages et des corps, mais aussi d’une multitude de détails usuellement pris pour accessoires. Des images tournées en noir et blanc sont projetées simultanément. Elles évoquent l’intériorité des personnages et favorisent une perception pluridimensionnelle et polysémique.
Dans l’économie de paroles, un autre rapport à la vérité se dévoile. Il s’agit d’opérer une conversion. Le sens peut alors advenir non pas grâce à l’interprétation des mots, mais grâce à celle des gestes, des sensations, des infimes détails de l’incarnation.

Guillaume Poix et Lorraine de Sagazan

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