Chiens
Le porno-gonzo-hétéro-macho comme le nomme l’historienne Christelle Taraud est largement majoritaire et contribue avec un nombre de vues toujours plus grand à conditionner le désir et faire prospérer la culture du viol. Parmi les catégories les plus recherchées « inceste », « viol » , « petite fille » , « beurettes ». Il suffit par ailleurs de regarder certaines vidéos de la plateforme French Bukkake pour comprendre qu’il ne s’agit pas de scènes de sexe, mais de scènes de guerre.
C’est donc d’une destruction déguisée en fiction dont il est question, autorisée par la seule présence d’une caméra. C’est « une oeuvre de l’esprit. C’est du spectacle » se défend Pascal Op, renvoyant à un excès de moralisme ses détracteurs.La question dans ce spectacle n’est donc pas tant l’idée de la pornographie que le principe de son industrie et de ce qu’elle dissimule.
Chiens tente de visibiliser l’extrême violence et la négation nauséabonde des tortures que les victimes inaudibles ont subi afin d’opérer des points de bascule. La confrontation oxymorique entre la forme liturgique et la pornographie met la violence à nu, tourne l’ordre en ridicule, force à reconnaître sa loi, conteste, reprend possession de ses conflits confisqués, s’affranchit. Ce n’est pas un aveu murmuré mais déployé à la lumière publique. Contre une approche strictement documentaire ou du pur témoignage : l’art comme force d’action.
Ce spectacle est donc la tentative d’organiser un face à face entre la société qui consomme, nie, moque, atténue, juge ou commente à l’emporte pièce et la réalité de ce que vivent ces femmes considérées comme de mauvaises victimes.Cette hétérotopie brouille et redéfinit les repères de ce qui est du jeu et ce qui ne l’est pas, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, ce avec quoi on peut rire et ce avec quoi le sérieux s’impose. Elle ne donne aucune réponse ou solution aux problèmes qu’elle soulève. Si la forme qui en découle n’exclut pas la violence, cette violence est incomparable à celle de notre tranquilité collective face à ces agressions filmées et n’est jamais traitée, dans le spectacle, comme un objet de fascination. Au contraire, elle nous met à une place embarrassante, celle qui nous confronte à une réalité - l’industrie pornographique - tout aussi omniprésente qu’invisibilisée - sans jamais lui emprunter ses images et les affects voyeurs qui les accompagnent. Rendant étrange ce qui est devenu trop familier et posant la question suivante : qu’est-ce qui est obscène ?
Et que faire de tous les biais sexistes et racistes qui, littéralement, colonisent ses pratiques et permettent d’y lire des rapports de force qui font surgir tout un inconscient français plus ou moins refoulé ? Il ne s’agit pas tant de former un tribunal de remplacement mais de se confronter individuellement à l’horreur et à une complicité passive sans en faire un spectacle - au point, peut-être, de vider ou de dévitaliser la vieille figure du « mascu » - qui est aussi celle de l’acteur - et se demander ce qu’il en est de la chair dans une époque qui fait coexister Me-too et French Bukkake.
Lorraine de Sagazan
Revues de presse
Entremêlant tous ces registres sensibles, entre gêne, honte, tristesse, colère et compassion, comme autant de voies possibles d’affronter cette histoire de la violence, Lorraine de Sagazan confère au théâtre une puissance : celle qui, en nous confrontant à la furie des hommes, invite à agir, à questionner ce qui la conditionne (…) Comme avec Léviathan (…), Chiens nous anéantit avec la brutalité qu’elle met en lumière
Jean-Marie Durand, Les Inrockuptibles
Heureusement, la metteuse en scène Lorraine de Sagazan, dont la carrière monte en flèche(…) ne tente nullement de reproduire sur scène les actes d’exploitation et de torture allégués par l’accusation dans cette affaire (…) Il en résulte une atmosphère étrangement envoûtante, renforcée par les décors extraordinaires d’Anouk Maugein. Une mer de vêtements humides et froissés recouvre le sol de la scène, qui se trouve au même niveau que le premier rang des spectateurs et s’étend jusqu’à leurs pieds.
Laura Capelle, New York Times
Les violences sexuelles, suggère le personnage de Daphnée, commencent dès lors que le regard se détourne. Fallait-il rester et scruter l’obscénité en face ou bien partir, « prendre soin de soi » et fuir la vérité ? La réponse n’est pas simple mais rares sont les créations de Lorraine de Sagazan qui ne perturbent pas le public. Cette fois encore, et jusqu’à l’indigestion.
Joëlle Gayot, Le Monde
La justice, les hommes qui ont participé à ces bukkakes, ceux qui consomment ces vidéos, ceux qui en consomment d’autres, chacun, chacune, nul ne peut après ce spectacle ne pas s’interroger, et ne pas saluer l’admirable faculté qu’a eue Lorraine de Sagazan de dépasser l’ignoble, d’ériger sur un charnier de dégueulasserie une célébration de toute beauté.
Eric Demey, La Terrasse
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29.01 – 14.02.2026