LEVIATHAN

(c) Simon Gosselin

Dans ce spectacle, Lorraine de Sagazan pense le théâtre comme un contre-espace pour interroger le fonctionnement du système judiciaire, ses béances, ses alternatives. Le Léviathan, figure biblique ambivalente, à l’immense héritage philosophique et littéraire pose la question suivante: qui est le monstre ?
Se confrontant à la construction instituée du droit, son organisation; la détention de l’autorité et de la violence dite légitime, le spectacle tente, usant de registres divers, de renverser certaines évidences et d’opérer des points de bascules par delà le bien et le mal.

Note d’intention

En comparution immédiate, l’ordre juridique ne fonctionne pas comme une instance d’intégration et d’organisation collective, il s’inscrit dans les conflits politiques et reproduit des rapports de force. J’ai pu y observer qu’un. e prévenu.e fait rarement face à sa victime mais fait face à un procureur qui pose la société comme la victime de l’infraction. Je pose alors la question : est-ce le code pénal qui fait le crime ou la présence d’une victime ? Est-ce le code pénal qui réclame la justice ou la blessure et sa réparation ? Pourquoi un droit répressif plutôt qu’un droit restitutif qui prendrait en charge la réparation du préjudice subi ?

Je me suis intéressée à la justice transformatrice et à l’abolitionnisme pénal. Ces mouvements consistent à remettre en question le système pénal dans son ensemble (tribunaux, police et prisons) et à imaginer des alternatives. Il s’agit alors d’envisager une véritable confrontation des parties, créer les conditions d’un véritable « débat politique » au sein d’un tribunal où la victime et les besoins que celle-ci peut manifester est au centre des considérations et des décisions. Il s’agit d’obtenir des réponses afin de comprendre l’évènement qu’elle a subi, voir son préjudice reconnu sans charge d’accusation, être réintégrée auprès d’une communauté qui assure sa sécurité, obtenir une réparation du préjudice subi, pouvoir transformer l’évènement afin de lui donner un sens. Dans ce processus, des experts peuvent intervenir, mais leur présence doit être minimale, jamais de porte-parole.

Léviathan se présente comme un contre-espace dans lequel je mets en scène une investigation critique sur nos manières de voir l’organisation et l’application du droit moderne et interroge nos pulsions de jugement et de répression.
Le spectacle met donc en scène des comparutions immédiates en temps réels réécrites par Guillaume Poix. Mais au fil des procédures, celles-ci se disloquent pour tendre vers la possibilité d’un changement de paradigme.

Avec huit acteurs virtuoses dont un acteur amateur en réinsertion qui se pose comme le garant de notre récit mais aussi son instigateur, Léviathan tente de renverser certaines évidences et d’opérer des points de bascule par-delà le bien et le mal, nous confrontant au dilemme de la violence, son exercice légitime et sa régulation par le droit. Depuis le récit biblique, cette même question cruciale : qui est le monstre ?

Lorraine de Sagazan, mai 2024

Press reviews

Promesse d’été : La scène comme lieu de réparation

France Culture, Tous en scène, Aurélie Charon

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